Resume du rapport d’évaluation de l’état de préparation des services de santé de première ligne dans le contexte de la pandémie covid-19

Introduction

La pandémie de COVID-19 a mis à rude épreuve les systèmes de santé publique et les services de santé dans le monde entier, révélant que même des systèmes de santé solides peuvent être
rapidement dépassés et fragilisés par une flambée de maladie. Les pays sont confrontés à une multitude de questions auxquelles ils doivent répondre pour se préparer à la pandémie de COVID19 et y réagir directement, tout en maintenant la prestation des autres services de santé. Pour faire face à cette situation, le Burundi a pris des mesures assez diversifiées et s’est doté d’un
plan de contingence de 6 mois dont les actions principales sont la préparation et la riposte à la COVID-19. Parallèlement aux activités de riposte, le pays doit s’atteler à maintenir fonctionnels
les services de santé de routine et services essentiels. C’est dans ce cadre qu’une évaluation a été effectuée auprès des formations sanitaires et au niveau communautaire afin de documenter les capacités de prise en charge des cas de COVID-19, la continuité des services de santé essentiels, les besoins et les perceptions de la communauté sur la continuité des services de santé essentiels et la résilience des formations sanitaires face à la pandémie. L’objectif global de cette évaluation est la mise en place d’un système national de suivi et de surveillance de la disponibilité des ressources essentiels pour la continuité des services de santé essentiels dans le contexte COVID-19.

Méthodologie

Il s’agit d’une étude descriptive transversale quantitative. Les cibles étaient les Hôpitaux, les Centres de Santé (publics, privés, confessionnels/associatifs), les Agents de santé communautaires
et les Chefs collinaires. La collecte des données a été effectuée par appel téléphonique auprès des informateurs clés après avoir obtenu leur consentement éclairé. La saisie des données sur la
plateforme a été effectuée par les évaluateurs. Les principaux résultats issus de l’étude sont présentés suivant les aspects de la continuité des soins évalués aussi bien dans les CDS, les hôpitaux ainsi que dans la communauté.

Résultats

  • Prise en charge des cas de COVID-19 Sur un total de 53 hôpitaux, la majorité étaient de statut public (79,3%) et de niveau de district (75,5%)). La Mairie de Bujumbura était la plus représentée avec une proportion de 15,1% des hôpitaux. Les résultats relatifs à la prise en charge des cas de COVID-19 montrent que les hôpitaux disposent d’assez de lits d’hospitalisation mais peu d’entre eux peuvent être convertis en lits d’isolement respiratoire. Les équipes d’appui à la gestion des incidents hospitaliers sont activés dans 83% des hôpitaux. Tous les hôpitaux disposent d’au moins 50% des médicaments traceurs et 92% d’entre eux disposent de 100% des fournitures traceurs. En ce qui concerne le diagnostic et la prise en charge des cas de COVID -19, seuls 17% des hôpitaux font des tests PCR sur place mais la majorité des équipements relatifs à la prise en charge de la COVID-19 sont fonctionnels au sein des hôpitaux. La disponibilité moyenne des équipements pour la prise en charge des patients atteints de COVID-19 dans les hôpitaux est à 64%. Parmi les à la COVID-19 utilisés, 94% des hôpitaux disposent d’un oxymètre de pouls fonctionnel, 91% ont
    des concentrateurs d’oxygène fonctionnel et uniquement 26% ont un ventilateur non invasif. La plupart des hôpitaux (72%) disposent des EPI mais seulement 25% disposent de tous les articles
    EPI pour l’ensemble du personnel. De plus, 36% seulement possèdent la totalité des éléments traceurs de contrôle des infections. Pour les cas graves liés à la COVID-19, certains hôpitaux (58%)
    sont équipés d’oxygène même si 11% seulement sont capables d’en générer eux-mêmes. L’analyse des résultats montre en outre que 67% des hôpitaux disposent des équipements qui ne sont pas
    encore installés et 33% n’ont pas de personnel formé ou d’outils pour réparer en interne les équipements défectueux.
  • Continuité des services de santé essentiels Sur un effectif total de 117 CDS, la majorité des CDS qui y ont répondu était de statut confessionnel/associatif (38,8%). Les répondants de cette évaluation étaient à majorité constitués par les titulaires des CDS (86%), suivi des titulaires adjoints et des coordinateurs ou représentants légaux (5%) et des infirmiers (4%). Malgré que la pandémie ait touché le personnel soignant (11,7%) et surtout les infirmiers (14.2%), très peu d’absences au travail (16,0%) dues à la COVID -19 ont été enregistrées. Peu de changements ont été opérés dans l’organisation de ressources humaines en raison de la COVID – 19 : peu de modifications des horaires de travail (8,7%) et pas de fermeture du tous des CDS pendant la pandémie de COVID -19. Par ailleurs, certains CDS disposaient d’une liste définie de services de santé essentiels avant la pandémie de COVID-19 (43%) et d’autres l’ont défini pendant la pandémie (41,9%). La plupart des CDS ont maintenu les stratégies existantes comme la récupération des abandons (92%). Certains en ont développé d’autres telles que la fourniture des prestations à des patients cibles à haut risque (46%) et la promotion des soins à domicile (16%). De plus, les salaires ont continué à être payés (92%) et les paiements des prestations dans le cadre du FBP ont été maintenus dans 90% des CDS publics, 79,9% des CDS confessionnels et associatifs et 16.6% des CDS privés. Les heures supplémentaires que le personnel a prestées ont été rémunérées par 50% des CDS. Il a été constaté que les CDS n’ont pas la gamme complète des Equipements de Protection contre les Infections et que ceux-ci sont utilisés par 74% de tout le personnel. Seuls 7% des CDS avaient
    toutes les 5 directives de PCI et une proportion de 5% des CDS avait mis en place toutes les mesures de prévention contre la CODIV-19. Certains CDS (27%) reçoivent des patients suspects de COVI19 et 5% font des TDRs mais ils n’ont pas les capacités de réaliser les tests PCRs.La disponibilité moyenne des médicaments traceurs était effective dans 34% des CDS mais aucun CDS ne disposait de la totalité des médicaments traceurs le jour de l’évaluation. Tous les CDS ont
    des porte-vaccins et des glacières à vaccin et 88 % ont des réfrigérateurs. Toutefois, 68% d’entre eux ont des porte-vaccins fonctionnels et 48% ont des glacières fonctionnelles. Enfin, 6% des CDS organisent des visites de suivi et 7% évaluent le respect de l’auto-isolement pour les patients atteints de COVID -19 léger.
  • Besoins et perceptions de la communauté sur la continuité des services de santé essentiels . Sur les 45 informateurs clés, 22 étaient des Agents de Santé Communautaire et 23 étaient des Chefs
    collinaires. Pendant la pandémie de la COVID-19, 36% d’informateurs clés affirment que le recours aux soins de santé est globalement affecté et 18% estiment que la peur de contracter la
    COVID -19 est l’obstacle majeur de recours aux soins. Une proportion de 42% d’informateurs clés estime que les personnes en situation de pauvreté sont les plus défavorisés à l’accès aux soins de
    santé pour des raisons économiques et sociales. En cas de problème de santé, 87% d’informateurs clés précisent que les membres de la communauté contactent en premier recours les Agents de
    Santé Communautaire pour des conseils ou des soins et 67% évoque le Centre de Santé comme premier recours. Selon les informateurs clés, les principaux besoins non satisfaits concernent le service de santé mentale (69%), les interventions chirurgicales programmées (66%), les tests de laboratoire ou d’imagerie recommandée (64). S’agissant des attitudes à l’égard de la COVID-19 et de la vaccination, 60% d’informateurs clés pensent que la plupart de personnes sont préoccupés par la propagation de la COVID-19 dans la communauté. Si un vaccin contre la COVID-19 est disponible, 18% d’informateurs clés croient que la plupart d’adultes souhaiteront se faire vacciner et certains parents souhaiteront faire vacciner leurs enfants contre la COVID-19. Les principales raisons pour lesquelles la plupart des personnes dans la communauté ne voudraient pas se faire vacciner sont la préoccupation des effets secondaires du vaccin COVID-19 (73%) et l’efficacité incertaine de ce vaccin (47%). A propos des atouts et vulnérabilité de la communauté, 42% estiment que le nombre d’initiatives socio-économiques ou éducatives ont diminué depuis le début de la pandémie de COVID-19. Notons que la majorité d’informateurs clés (76%) estiment que le nombre d’initiatives en matière de santé ou d’hygiène environnementale ont augmenté depuis le début de la pandémie COVID-19 et 73% affirment qu’il y a eu une augmentation de la mise en place d’installations des dispositifs de lavage des mains dans la communauté. Signalons que 4% d’informateurs clés rapportent une augmentation de fourniture de désinfectants. L’Obstacle majeur à la fourniture de services communautaires par les Agents de santé communautaire est que la plupart d’entre eux (89%) ne se sentent pas confiants quant à leurs connaissances en matière de COVID-19. Ces Agents de Santé Communautaire manquent spécifiquement du soutien au niveau des équipements de protection individuelle (36%), de la formation /information (31%), de l’assurance maladie et d’aide monétaire (20%).
  •  Resilience des Hôpitaux Plus de la moitié des hôpitaux avaient des capacités naissantes ou limitées par rapport à la disponibilité de la cartographie à jour des chocs potentiels, couvrant les maladies aiguës et chroniques, les chocs environnementaux, économiques et politiques (65,4%), l’auto-évaluation des capacités à réagir aux événements de choc potentiels par des exercices de simulation (73,1%) , la micro-planification pour les différents modèles de prestation de services et pour la production des connaissances sur les événements chocs (61,5%), l’utilisation de plusieurs approches de prestation de services (51,9%) , la disponibilité des compétences en épidémiologie et dans d’autres domaines utiles pour identifier et isoler les menaces sanitaires (53,9%) et la disponibilité des protocoles pour guider la gestion des ressources et des compétences mobilisées lors d’une réponse à un événement dans le système de routine (51,9%). Les items pour lesquels plus de la moitié des hôpitaux avaient des capacités développées ou durables sont la disponibilité de la cartographie à jour des ressources du système de santé (personnel, infrastructure, médicaments et consommables) (55,5%), l’existence d’un réseau de surveillance fonctionnel (76,9%), la disponibilité des médicaments et consommables couramment utilisés en cas d’urgence (65,4%), la connaissance de la gamme des services essentiels à fournir et prévoir d’étendre sa capacité à fournir ces services (53,8%) , l’existence de l’espace de décision, de l’autorité et des protocoles nécessaires pour initier des actions et dépenser des fonds (57,7%).

Conclusion

Pendant la pandémie de COVID-19, la continuité des services dans les Centres de Santé a été en général effective. Ces derniers ont maintenu les stratégies de prestations des services et l’organisation des ressources humaines existantes et ont initié d’autres stratégies dans le but de s’adapter à la situation. Toutefois, la disponibilité du matériel de prévention des infections, de
diagnostic et de prise en charge de la COVID reste limitée dans les CDS. Une grande partie des hôpitaux dispose des équipements fonctionnels pour la prise en charge de COVID-19. Néanmoins,
les capacités du personnel à l’utilisation et à la maintenance de ces équipements restent faibles. Au niveau communautaire, le recours aux soins de santé a été fortement affecté et l’accès aux soins de santé a diminué pour des raisons économiques et sociales. Quant à la résilience des hôpitaux face aux chocs potentiels (maladies aiguës et chroniques, environnementaux, économiques, politiques), les stratégies d’adaptation au sein de ces structures étaient majoritairement à l’état naissant, limité ou en développement.

 

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